Aix-Marseille French Tech : après la phase de lancement, la phase « empowerment » ?

C’est officiel depuis le 1er avril 2018 : c’est le collectif Marseille 2.0 qui assure la gouvernance d’Aix-Marseille French Tech, le label qui a pour mission de centraliser et d’animer tout l’éco-système French Tech sur le territoire d’Aix-Marseille.

Marseille 2.0 succède ainsi à Medinsoft, qui en avait la charge depuis 2014.

Mais qu’est-ce que ce changement implique concrètement pour les startups et l’économie numérique du territoire ?

Voici un compte-rendu de la présentation de cette nouvelle gouvernance qui a eu lieu le 21 mars 2018 au Théâtre de la Criée à Marseille en présence de Jean-Claude Gaudin et de Jean-Luc Chauvin, président de la CCIMP, qui a rassemblé plus de 700 personnes en 10 jours et dont on a retenu un certain nombre d’annonces…

Prenons-les au mot !

« La principale mission du label aix-Marseille French Tech : fédérer, accélérer, rénover et dynamiser l’innovation sur le territoire »

Pascal Lorne : « un tonnerre d’applaudissements pour tous ceux qui ont œuvré » au lancement du label AMFT

En introduction, Pascal Lorne remercie les élus présents, Jean-Claude Gaudin, Jean-Luc Chauvin, Didier Parakian… et rend hommage dans la foulée à l’équipe précédente dont certains membres sont dans la salle. Le moment calumet-de-la-paix qui était nécessaire (voir encadré plus bas).

« Et maintenant on va aller plus loin »

 

Le directeur de GoJob veut « fédérer » et se dit prêt à continuer « avec toutes les personnes qui ont démarré ce travail il y a 3 ans » et l’ont amené là où il est aujourd’hui. « Et maintenant on va aller encore plus loin » promet-il, grâce au collectif Aix-Marseille 2.0 qui rassemble une douzaine de personnes, tous bénévoles.

« Sommes-nous légitimes? » : Pascal Lorne entend asseoir tout de suite la légitimité du collectif et indique qu’à eux douze, ils ont accompli « depuis 5, 10 ans » :

  • 39 créations d’entreprise,
  • 130 levées de fonds, pour une somme globale de 290 millions d’euros « de fonds privés » précise-t-il,
  • 2 170 emplois créés,
  • 47 filiales à l’étranger,
  • 1,8 milliard de chiffre d’affaires généré.

Pour le nouveau président d’AMFT, le territoire Aix-Marseille doit briller à l’international, non seulement pour augmenter les opportunités de développement, mais aussi pour « attirer les talents ». Sur les six entreprises qu’il a lancées, Pascal Lorne attribue le succès de deux d’entre elles au recrutement de « gens meilleurs que [lui] ».

Pour lui, tout est lié : chiffre d’affaires, impôts et infrastructures, et notamment le développement de filières qui formeront les talents de demain. Une des ambitions du collectif est d’inciter de plus en plus de jeunes à se lancer.

Bertrand Bigay, directeur de P Factory : « Comment on peut vous aider ? »

Pour Bertrand Bigay, la raison d’être du collectif est d’ « aider ceux qui font plutôt que de faire à leur place », notamment le monde universitaire et de la recherche, les acteurs qui sont là depuis plus longtemps comme les incubateurs, ou des acteurs plus récents comme the Camp.

« On est là pour donner la lumière et de la visibilité à tout ce qui est fait »

 

En somme pour Bertrand Bigay, la vocation du collectif est d’être une sorte d’« aide au héro » et le héro, c’est l’éco-système AMFT.

Cyril Zimmermann, président d’AdUX (ex-HiMedia) : « Connecter l’AMFT à d’autres réseaux »

Cyril Zimmermann souligne l’intérêt de connecter l’AMFT avec d’autres réseaux, qui sont autant de relais potentiels en termes de notoriété : des associations de startups, des clubs de réflexion… L’objectif ? Accéder à plus de services et plus d’opportunités.

« Si possible faire venir des réseaux ici »

 

L’entrepreneur entend également œuvrer au rapprochement de l’éco-système AMFT avec les capitaux risker, « essentiels pour stimuler le développement » et pour apprendre des retours d’expérience d’autres entrepreneurs : « ils sont aussi des apporteurs de conseils« .

Il souhaite toujours dans cet esprit créer des ponts avec des structures nationales, notamment la French Tech au niveau national, la BPI et les ministères concernés, notamment pour faire remonter des « problématiques particulières » au territoire d’Aix-Marseille.

Vincent Berge, fondateur de Think & Co, et Lionel Minassian, vice-président de The Camp : « Marseille, c’est un hub d’innovation émergente entre l’Afrique et l’Europe »

Vincent Berge, « ravi d’être là » en est convaincu : pour faire des tech-champions, il faut pouvoir exporter des « technos » et aller « chercher les experts et les ramener chez nous ».

« Vendre en Asie, en Europe ou aux US, c’est complètement différent », or le collectif Marseille 2.0 a l’expérience de l’international.

« On a les numéros de téléphone de pratiquement tous les responsables de réseaux français à l’étranger »

 

Et de citer Tech Crunch, French Tech New York, XL Africa… Autant de contacts utiles pour « tester un marché » et « ne pas perdre son temps ».

Lionel Minassian, lui, souligne le choix de la Criée pour cette soirée de lancement : « tous ensemble on peut se faire entendre, à Paris, en Californie, en Asie, en Afrique aussi ».

Le vice-président de The Camp évoque Emerging Valley, la conférence internationale qui s’est tenue en décembre 2017 entre la villa Valmer à Marseille et The Camp à Aix-La Duranne. L’AMFT a un rôle à jouer dans la création de passerelles avec les startups africaines, tout en continuant d’aller au CES ou en Asie. Pour terminer, le collectif fera en sorte d’aider les entreprises à attirer des talents du monde entier, sans oublier de regarder s’ils ne sont pas déjà sur le territoire.

Et de conclure : « Fred [Frédéric Chevalier, fondateur de The Camp, décédé dans un accident de la route en juillet 2017] aurait été très heureux de nous voir tous réunis ici pour ce niveau d’ambition ».

Laurent Baly, président de la SATT Sud-Est : « Rassembler étudiants, chercheurs et entreprises »

Pour Laurent Baly, président de la Société d’Accélération du Transfert de Technologies Sud-Est (SATT Sud-Est), « on a une chance formidable sur ce territoire : il y a une centaine de milliers d’étudiants ». Il remercie au passage le vice-président de l’innovation et valorisation de l’Université Aix-Marseille Eric Berton.

L’AMFT présidée par Aix-Marseille 2.0 aura pour mission de rassembler étudiants, chercheurs et entreprises, afin d’ « accompagner le parcours de l’innovation ».

Car le territoire manque « terriblement de développeurs aujourd’hui« , et le transfert de technologie manque de femmes de façon générale.

Valérie Segretain, fondatrice de Customer Labs : « On veut être la French Tech de toutes les Startups »

Valérie Segretain quant à elle, compte bien représenter « toutes les startups » sans exception. Pour ce faire, elle s’appuiera sur sa propre expérience puisqu’elle a créé sa propre startup il y a 3 ans. Sa volonté : toutes les écouter, pour toutes les aider au mieux par un meilleur partage de l’information, notamment des retours d’expérience.

Boost your territoire

De plus, elle souhaite faire venir des investisseurs en proposant un hub avec le World Trade Center, par exemple un jour par semaine. Elle évoque également un programme, « Boost your territoire », qui aurait pour but d’inciter « les marseillais qui ont réussi » à investir en priorité dans les startups locales. Enfin, toujours dans l’objectif d’intensifier les relations entre startups et investisseurs, elle annonce que Marseille sera une étape de France Digitale le 07 juillet.

Mon territoire, mon 1er client

« On est là pour faire du business ». Valérie Segrétain entend favoriser le réseautage dans le cadre du programme « Mon territoire, mon 1er client », déjà en vigueur dans d’autres régions, pour favoriser le business local :  » la levée de fonds, c’est bien, aller chercher des investisseurs, c’est parfait. Si demain on n’a pas de clients, ça ne sert à rien ». Elle souhaite inciter les grands groupes, et les entreprises de taille intermédiaire donnent leur chances aux startups locales.

Autre point : le parcours commercialisation. La fondatrice de Customer Labs sait que le commercial n’est pas toujours le fort d’entreprises créées par des profils techniques. Elle envisage d’accompagner les entreprises dans leur recrutement de commerciaux spécialisés.

Pour conclure, elle annonce la création d’un événement annuel « complètement en l’honneur des startups » . Un peu comme le Grand Opening ?

Patrick Siri, président de P.Factory et Laurence Fontaine, responsable du club Open Innovation PACA : faire se rencontrer grands groupes et startups

Patrick Siri présente le Club Open Innovation ainsi : la puissance des grands groupes alliée à l’imagination des startups.

L’un apporte l’accès au marché, son réseau, des financements, l’autre, son innovation. Et « il faut instaurer un rapport de confiance » entre les deux.

Ce club a pour objectif de devenir la porte d’entrée des grands groupes et les PME, un guichet unique de l’open innovation. 16 grands comptes ont déjà rejoint le club, les PME sont invitées à les rejoindre. L’objectif ? L’émergence de « nombreux nouveaux et bons projets ».

Laurence Fontaine martèle : le réseau, c’est très important. C’est ce qui permet l’échanges de bonnes pratiques. Le club se réunit 6 fois par an sur des thématiques choisies par des membres du club. Les startups sont invitées à y présenter leur solution à une problématique particulière.

Matthieu Rozières, fondateur de Black Euphoria : « On est là pour raconter vos histoires »

En spécialiste de la communication -Black Euphoria produit du contenu vidéo innovant pour les entreprises-, Matthieu Rozières se félicite de disposer de ce « très bel outil » qu’est la marque French Tech.

« Aujourd’hui les stars du territoire, c’est vous tous, qui portez des projets ». La nouvelle équipe d’Aix-Marseille French Tech aura à coeur de parler de ces porteurs de projets, et faire résonner leurs histoires. Il fait la somme des contacts sur les réseaux sociaux des membres d’Aix-Marseille 2.0 : à eux douze, les membres de la nouvelle direction AMFT ont 120 000 contacts sur Linkedin, 40 000 sur Twitter.

« Pour raconter vos histoires c’est très simple : il faut que vous veniez nous voir »

 

Et pour ce faire, il faut que les entrepreneurs qui souhaitent bénéficier de cette audience les sollicitent. « On est là pour parler de vous aux journalistes, pour que tout ensemble, on fasse rayonner le territoire ». Il ambitionne de faire d’AMFT un go between pour tous les institutions comme la CCI ou Provence Promotion qui s’occupent déjà de faire la promotion des entreprises du territoire.
Enfin, il s’adresse spécifiquement aux new techs : la nouvelle direction d’AMFT saura les mettre en valeur.

Marie-Laure Guidi, fondatrice et présidente de Ioda consulting : « Les cotisations 2018 seront gratuites »

C’est Marie-Laure Guidi qui se chargera de la trésorerie de la French Tech Aix-Marseille. Elle propose de mettre à disposition son expérience en tant qu’experte comptable spécialisée dans l’innovation : elle sait ce qu’implique de rendre des comptes « aux collectivités, à la BPI, aux investisseurs ».

Elle promet un budget maîtrisé, constitué dans un premier temps essentiellement de subventions publiques. Elle souhaite passer rapidement à un équilibre entre fonds privés et fonds publics. Les cotisations, elles, devront idéalement correspondre aux services rendus.

Car la nouvelle équipe ne s’en cache pas : elle veut l’adhésion des acteurs de la French Tech.
Et comment mieux commencer une collaboration qu’avec un cadeau ? Marie-Laure Guidi insiste : le label appartient à l’éco-système et pour le faire vivre, la nouvelle équipe a besoin que les acteurs de cet éco-système la sollicitent et fassent remonter l’information.
« A nous de faire en sorte que vous restiez ». Et de conclure en remerciant les sponsors de cette soirée de lancement et les collectivités.

Marc Schillaci, fondateur d’Oxatis : « Faire d’Aix-Marseille French Tech une des plus belles French Techs de France »

Marc Schillaci entend « poursuivre ce qui a été réalisé jusqu’à maintenant » pour aider les startups dans l’exécution. C’est dans ce contexte qu’il prévoit d’aller « chercher des talents » nécessaires.

Il propose également de faire rayonner les événements organisés sur le territoire : « on ne va pas faire les choses à votre place ».

La continuité c’est aussi poursuivre le travail de l’équipe précédente dans le domaine des relations presse et réseaux sociaux, et le renouvellement du label French Tech, prévu au mois de juin 2018.

Olivier Mathiot, co-fondateur de Price Minister : « L’image de Marseille change de manière considérable, je ne sais pas si vous vous en rendez compte »

Olivier Mathiot propose en souriant de mettre à disposition lui aussi son audience de 60 000 followers.

Celui qui se présente comme une « pièce rapportée » revendique un regard extérieur, peut-être plus objectif, sur l’évolution incroyable de Marseille, à la faveur de la French Tech mais aussi de toutes les initiatives entreprises par Jean-Claude Gaudin à partir de Marseille Capitale Culturelle 2013.

Vu de Paris, Aix-Marseille aurait « une carte énorme à jouer ». Et ne dit-on pas dans le milieu des startups « Sky is the limit » ? Pour lui, il reste le sujet de la transformation numérique des institutions, des grands groupes, mais aussi la transformation numérique des esprits et des ambitions.

On a voulu être une startup nation, il faut qu’on vise maintenant à faire des scaleup ou des « licornes », c’est-à-dire une société innovante, avec une forte croissance, employant au moins une dizaine de personnes. Pour ce faire, il propose comme d’autres intervenants avant lui d’attirer des talents, notamment les développeurs, mais aussi les capitaux qui sont beaucoup trop concentrés à Paris. Pour y parvenir, un premier événement aura lieu en juillet 2018.

Enthousiaste, il plaide lui aussi pour un rapprochement entre grands groupes, startups, universités, administrations et cite à titre d’exemple la Scandinavie, la Silicon Valley, Israël ou la Corée du sud : la French Tech V2. Plus que le nombre de startups, il faut donc aboutir à la création de scaleup.

Got it ?

Avec de tels encouragements et une volonté affichée de monter en puissance, on ne peut que se souhaiter, donc, de réussir tous ensemble.

Le passage de relais entre Medinsoft et Marseille 2.0 à la tête d’Aix-Marseille French Tech en 3 actes :

  1. En août 2017, Stéphane Soto, directeur général de Medinsoft, a annoncé sa volonté de se « mettre en retrait » avec André Jeannerot, président de Medinsoft. Une annonce qui n’est pas passée inaperçue.
  2. Fin octobre 2017, Pascal Lorne, directeur de Gojob, annonçait sur Facebook la candidature d’un collectif, Marseille 2.0, à la gouvernance du label Aix-Marseille French Tech. Une annonce qui a alimenté les discussions.
  3. 1er mars 2018 : Jean-Claude Gaudin annonce qu’en qualité de « premier financeur d’Aix-Marseille French Tech et (..) pilote du développement économique sur Aix-Marseille-Provence » il confie la direction du label à Aix-Marseille 2.0.

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