Business angels, capital risqueurs : qui sont ces gens ? Et que veulent-ils vraiment ?

C’est décidé, vous allez faire monter en puissance votre business.

Vous savez qu’il existe différentes solutions (« love money », concours, crowdfunding, subventions…), et vous vous sentez prêts à faire appel à des investisseurs.

Vous êtes également au courant que, chez les business angels comme pour les capitaux risqueurs, il existe tous types d’acteurs, certains orientés vers l’amorçage de votre activité, d’autres vers son développement.

Mercredi 18 avril – Morphoburo était invité à une soirée networking organisée par Izitek, une société spécialisée dans la location d’actifs technologiques pour professionnels basée à Éguilles, dans la Brasserie le Modjo, à Aix-en-Provence.

L’objectif ? Faire se rencontrer entrepreneurs, facilitateurs, investisseurs et représentants de fonds d’investissement.

C’était l’occasion pour nous d’en savoir plus sur ce que ces hommes et ces femmes recherchent, au-delà du seul retour sur investissement. Le goût du challenge et l’aventure humaine ?

Quelques données démoralisantes sur la levée de fonds

Loin de nous l’idée de donner une image idyllique de la levée de fonds, alors commençons par ces quelques préalables :

  • Selon Dynamique-mag, le nombre d’entreprises « innovantes » en France cherchant à renforcer leur capital chaque année est d’environ 15 000 (source rapport Bannock). Seul un millier d’opérations aboutissent.
  • En France, on compte entre 5 000 et 8 000 business angels, qui investiraient à hauteur de 16K€ en moyenne. Or certains s’attendent à beaucoup plus.
  • Selon Frenchfunding.fr « ce sont les investisseurs qui détiennent le pouvoir de marché ». Chaque année, des centaines de projets leur sont proposés spontanément. Autant dire qu’ils n’ont pas peur de passer à côté d’un projet exceptionnel.

Ça, c’est en France. Aux États-Unis, ce qui prévaut, c’est la culture du « game changer », la peur de passer à côté d’une innovation ou d’un projet qui peut potentiellement transformer les règles du jeu.

Du point de vue des entrepreneurs, convaincre des investisseurs ressemble donc à un parcours du combattant.

Mais qu’en est-il du côté des investisseurs ? Catherine Chiabodo, de Grand Delta Angels et Guy-Hubert de Fougères, de Capital Croissance ont bien voulu répondre à nos questions.

La soirée networking organisée par Izitek le 18 avril 2018 à Aix-en-Provence : Morphoburo y était !

Catherine Chiabodo, représentante du fonds avignonnais Grand Delta Angels

Mme Chiabodo participait à cette soirée de networking au nom de son fonds d’investissement, Grand Delta Angels, qui fait partie du réseau de business angels France Angels. Ce fonds d’investisseurs privés, créé en 2007, rassemble une quarantaine de chefs d’entreprise et de cadres avignonnais encore en activité ou à la retraite.

Pour elle, l’entrée au capital d’une entreprise par un fonds d’investissement est un « échange de bons procédés » : le porteur de projet reçoit des fonds qui permettent l’amorçage ou la montée en puissance de son activité.

Les investisseurs, eux, s’associent au projet et se rémunèrent à terme par la revente de leurs parts. Elle fait l’analogie suivante : « Quand un particulier immobilise de l’argent sur un livret, il attend que ça lui rapporte des intérêts. »

Qu’est-ce qui motive les investisseurs ?

Continuer l’expérience entrepreneuriale, et transmettre leur savoir-faire, leurs contacts, leurs conseils. Par équipes en binôme, ils accompagnent le chef d’entreprise : sa réussite sera aussi la leur.

Qui financent-ils ?

Des startups, mais aussi des TPE et des PME, pendant minimum 5 ans et à hauteur de 100 à 300 000 € par opération.

Est-ce qu’il leur arrive de se tromper ?

Sur 10 projets financés, Catherine Chiabodo le sait :

  • certains risquent de péricliter,
  • d’autres perdureront mais ne performeront pas assez pour attirer d’autres investisseurs, de façon à ce que Grand Delta Angels revende ses parts,
  • et d’autres enfin connaîtront une belle croissance qui comblera les pertes et dégageront, peut-être, des bénéfices.

Guy-Hubert de Fougères, de Capital Croissance : « Quand on investit dans une société, c’est un peu comme un mariage »

M. de Fougères représentait ce soir-là un fonds d’investissement basé à Paris investissant dans des sociétés avec un chiffre d’affaires d’au moins 3 millions d’euros par an.

Il nous a accordé une interview.

Le fonds, créé en 2012 par un ancien cadre d’Axa, Eric Neuplanche, représente 80 millions d’euros parmi lesquels 65 millions d’euros de fonds privés. Il est géré par 8 gestionnaires et rassemble, entre autres, :

  • 110 investisseurs privés dont certains encore en activité
  • Des grandes familles, comme la famille Amaury, propriétaire de l’Equipe ou la famille Delloye, qui détient Arc International,
  • La BPI et Axa…

Combien de projets reçoivent-ils par an ?

Environ 550, et ils en étudient 50.

Comment ça fonctionne, un fonds d’investissement ?

La société Capital Croissance constitue un fonds pour 10 ans. 7 ou 8 ans après l’entrée au capital d’une société, le fonds commence à préparer la revente.

Que faisait un fonds d’investissement parisien à Aix-en-Provence ?

Capital Croissance prévoit de s’implanter durablement dans la région et de constituer, à horizon 2020, un fonds provenant d’investisseurs de la région, pour l’investir dans la région.

À quoi ressemble leur porteur de projet idéal ?

Il est plutôt en phase de développement, il dégage un CA de 3M par an, et est situé dans la région de Montpellier à Nice : « On investit dans des boîtes qui ont passé le stade de la validation du business model ».

Capital Croissance n’a pas de spécialisation dans un domaine particulier et accompagne des projets très divers : biotech, bâtiment, puériculture, logiciels de traduction, logiciel pour infirmiers libéraux… Parmi les sociétés dans lesquelles ils se sont impliqués, on trouve :

  • une entreprise d’experts en assurances à Vitrolles,
  • un organisateur de salons bien-être,
  • un hébergeur spécialisé,
  • un éditeur de logiciels dédiés aux métiers du vin…

Capital Croissance est majoritaire au capital dans la moitié des sociétés financées.

Outre les indicateurs financiers, sont-ils attentifs à des aspects éthiques, non quantifiables comme le profil du ou des porteurs de projet ?

Oui, sont exclus :

  • La vente d’armes à feu,
  • l’industrie du X,
  • et par principe, les projets dans le domaine de la bioéthique.

De toute façon, tout dossier fait l’objet d’une investigation poussée. L’origine sociale de l’investisseur n’est pas un sujet. Ce qui compte, c’est la qualité du porteur de projet : « on investit toujours sur quelqu’un qui a les épaules ».

De même, le porteur de projet a aussi des attentes : il attend du conseil, de l’aide.

Quels sont les rapports entre investisseurs et porteurs de projet ?

« L’accompagnement fait partie de notre ADN, on est un fonds actif ».

Capital Croissance accompagne les chefs d’entreprise dans un projet de croissance externe (nouveaux marchés, nouveaux produits). L’interaction est importante entre souscripteurs et porteurs de projet.

Comment se rémunèrent-ils ?

À la revente : le différentiel entre capital de départ et le montant de la revente. D’où l’intérêt de bien conseiller le chef d’entreprise ! Il n’y a aucun frais en cours d’année pour le porteur de projet en revanche, Capital Croissance peut être amené à dépenser de l’argent pour du conseil stratégique.

La revente se fait en collaboration avec le porteur de projet, qui reste à la tête de son entreprise ou non, en vente totale ou partielle.

Est-ce que la loi Madelin, dont le taux a été revu à la hausse en 2018, et la récente réforme de l’ISF ont eu un impact sur leurs investissements ? Est-ce qu’ils attendent quelque chose en particulier de la future loi PACTE ?

« Non pas particulièrement ». La logique de leurs souscripteurs, à la tête de grandes entreprises et détenteurs de patrimoines assez importants, c’est le « plaisir d’un apport d’expérience, un renvoi d’ascenseur » plus que la recherche d’optimisation fiscale.

S’il y a du positif, tant mieux, sinon la législation n’est pas un sujet.

Inversons le rapport de force : est-ce qu’une entreprise peut s’en sortir sans levée de fonds ? Si oui, quel intérêt à faire appel à eux ?

Oui, une entreprise peut parfaitement s’épanouir sans levée de fonds. Dans le digital par exemple, car les structures de coût sont très faibles. Il cite notamment les sociétés éditrices de logiciels SaaS qui n’ont comme charges que leurs locaux et le salaire des développeurs. Ces sociétés sont rentables parce qu’elle « facturent cher un service nouveau ».

Néanmoins, la levée de fonds est un facteur d’accélération. Il prend l’exemple d’une entreprise qui vend des services à des grands groupes : là, l’enjeu c’est de « devenir un acteur mondial très rapidement ».

Il évoque le cas d’autres entreprises dont la croissance nécessite des investissements importants, comme l’embauche d’un nouveau directeur financier ou l’achat de stocks.

« Alors oui c’est possible » reconnaît-il, mais le risque, c’est d’être dépassé par un autre qui aura, lui, grossi beaucoup plus vite. Il y a des moments où il faut accélérer pour capter un marché et garder une longueur d’avance.

On en sait déjà un peu plus…

About Marie-C Beretti

Comments

  1. Bravo pour cet article très intéressant Marie-Catherine !!
    J’ai malheureusement raté cet événement que je n’avais pas vu passer…
    Si tu as des dates à me communiquer sur de prochains évents similaires, je suis preneur !! 😉
    Merci par avance !
    Bises !

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